PAUL McCARTNEY A BERCY, 25 mars 2003

Cela faisait dix ans que tous les fans de Paul attendaient son retour en France. Et je pense pouvoir dire que nous n'avons pas été déçu ! McCartney, en pleine forme vocale, avec son groupe énergique de jeunes surdoués (en particulier pour les chœurs), nous a offert un concert inoubliable.

De longues heures de queue furent nécessaires pour obtenir des bonnes places, c'est-à-dire le plus près possible de la scène. Et ce fut un succès : nous (mes z'amis z'et moi) devions être à moins de dix mètres de Paul et de ses musiciens, ce qui est une performance dans une salle comme Bercy ! La tension monta peu à peu parmi les spectateurs, qui s'occupaient grâce à un écran sur la scène, sur lequel apparaissaient des SMS que l'on pouvait "envoyer à Paul". Vers 20 h 40, alors que le concert aurait du commencer depuis une dizaine de minutes, une voix nous annonça que Paul était bien là mais que pour permettre aux spectateurs en retard de ne pas rater le début du concert, il faudrait encore patienter un peu. Ces spectateurs en retard étaient en grande partie des célébrités ; si Dick Rivers était arrivé à l'heure, en revanche, on ne pouvait pas en dire autant de Daniel Auteuil, Laurent Voulzy (fan indécrottable de Paul), Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac, Michel Drucker, Ophélie Winter (eh oui) et de quelques autres (dont Gérard Darmon, paraît-il, mais je vous avouerai que j'étais beaucoup plus préoccupé par ce qui allait se passer sur scène).

Vers 21 h, enfin, commença le spectacle de la troupe de danseurs et artistes, pendant une dizaine de minutes, sur fond de musique électronique composée par The Fireman (c'est-à-dire Paul). Les spectateurs américains étaient souvent restés perplexes devant ces numéros, où des danseurs, jongleurs en costumes traditionnels du monde entier se croisent. L'idée de commencer ainsi le spectacle est originale, les danseurs (et danseuses) évoluaient avec grâce, mais vu les circonstances, le public était évidemment pressé de voir Paul arriver.

Et sur l'écran géant planté sur scène, alors que les derniers danseurs s'éclipsaient dans un déluge sonore, nous vîmes l'ombre chinoise de Paul et de sa basse Hofner apparaître. L'écran remonta, et Paul McCartney était devant nous. Il est impossible d'essayer de décrire l'état dans lequel je me trouvais, et dans lequel la plupart des gens, hurlant à plein poumons, se trouvaient probablement aussi.

La première chanson, Hello Goodbye, passa ainsi comme dans un rêve, tout le monde chantant en chœur, frappant des mains, criant de joie. Comme nous nous trouvions près des enceintes, le son était assez assourdissant et l'ambiance incroyable. Après Jet, Paul salua le public de son traditionnel "Bonsoir Paris !" et annonça qu'il allait parler en anglais bien sûr, mais aussi en français. Et effectivement, tout au long du concert, Paul fit un grand effort pour présenter plusieurs chansons dans un français bien sûr hésitant mais compréhensible, pour notre plus grande joie ! Il annonça ainsi que c'était "la première fois qu'il chantait cette chanson en France", avant d'attaquer un fantastique Getting Better. Your Loving Flame fut comme d'habitude dédiée à sa femme Heather qui assistait au concert. Puis vint la partie acoustique du concert, où McCartney annonça qu'il allait rester "toute seule" (eh oui, les t muets sont traîtres...) sur scène avec nous. Avant d'attaque Here Today, il commença (en anglais) son introduction habituelle où il explique en substance que l'on n'a pas toujours l'occasion d'exprimer son amour aux gens que l'on aime. Il allait ajouter "et ensuite on le regrette", mais quelqu'un dans le public qui avait déjà eu vent de cette intro lui coupa littéralement la parole en hurlant "et on le regrette !" un dixième de seconde avant Paul, qui réagit aussitôt : "Merci. Toi, tu es déjà venu. C'est pas du tout ce que je voulais dire. Non, écoute-moi, petit malin ("smart ass"), ce que j'allais dire, c'était..." Et il enchaîna en français "J'ai écrit ceci après la mort de mon ami John". Ovation du public, avant que Paul n'interprète ce qui est un de ses chefs-d'œuvre, malheureusement pas assez connu. Une fois la chanson terminée, le public se mit spontanément à chanter Give Peace A Chance, que Paul chanta quelques secondes, avant d'attendre pour pouvoir présenter Something en hommage à George Harrison, en multipliant les mimiques ébahies et comiques face à la taille minuscule de l'instrument.

Puis le groupe revint progressivement sur scène. Un des grands moments de la soirée, pour moi, fut Calico Skies (extrait de l'album Flaming Pie), qui ne figurait pas dans le répertoire de la tournée américaine de 2002. Si seulement Paul pouvait remettre sur le devant de la scène d'autres chansons peu connues mais aussi bonnes que celle-ci ! Une autre bonne surprise fut Birthday (qui, à ma connaissance, n'avait jamais été jouée l'an dernier) ; Paul cria "Bon anniversaire !" en français avant de se lancer dans une version explosive de la chanson, avec une voix déchaînée et sans la moindre faiblesse. Les autres changements par rapport au répertoire de la tournée américaine de 2002 étaient l'apparition de Michelle, Let'em In et surtout de She's Leaving Home, où la harpe de la version originale était remplacée par une guitare acoustique de toute beauté. Les chœurs étaient parfaits, et nous avions cette vision inhabituelle de Paul ne jouant que quelques notes sur sa basse, et chantant en bougeant doucement ses bras et ses mains pour une fois libres, au gré des paroles. L'ensemble était absolument magnifique.

La fin du concert s'approcha peu à peu, avec Hey Jude, que le public continua à chanter alors que Paul McCartney et son groupe avaient fait leur premier (faux) départ de la scène. Après le second faux départ, Paul revint sous les ovations de la salle en agitant le drapeau français (il agite le drapeau national dans chaque pays où il se rend). Vinrent les dernières chansons, Yesterday, puis le medley Sgt. Pepper / The End, avec sa géniale "bataille de guitares" entre Paul, Brian Ray et Rusty Anderson : je ne suis pas prêt de l'oublier. C'était la fin du dernier morceau. Nous hurlions tous "we love you, yeah, yeah, yeah !", Paul remercia le public une dernière fois, chanta un petit "we love you, yeah, yeah, yeah !" à son tour, et il s'en alla, alors qu'une pluie de confettis tombait du toit. Alors que nous quittions la salle, une version lente, hypnotisante et inédite de Band On The Run était diffusée dans les haut-parleurs. Sensationnel, fantastique, incroyable, et on pourrait rajouter bien d'autres synonymes du même tonneau. A presque 61 ans, Paul semble être un vrai lapin Duracell : inusable.

Liste des chansons jouées : Hello Goodbye / Jet / All My Loving / Getting Better / Coming Up / Let Me Roll It / Lonely Road / Driving Rain / Your Loving Flame / Blackbird / Every Night / We Can Work It Out / You Never give Me Your Money - Carry That Weight / The Fool On The Hill / Here Today / Something / Eleanor Rigby / Here, There And Everywhere / Calico Skies / Michelle / Band On The Run / Back In The USSR / Maybe I'm Amazed / Let'em In / My Love / She's Leaving Home / Can't Buy Me Love / Live And Let Die / Let It Be / Hey Jude / The Long And Winding Road / Lady Madonna / I Saw Her Standing There / Yesterday / Sgt. Pepper's - The End

 

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